Former les professionnels de santé, outiller les équipes de crèche, soutenir les projets locaux : le plan d’actions 2026–2030 sur les perturbateurs endocriniens concerne directement celles et ceux qui accompagnent les familles, les enfants et les patients.
Publié le 22 octobre 2026 par les ministères de la Santé et de la Transition écologique, il prolonge les stratégies nationales de 2014 et 2019 avec un objectif : réduire les expositions de la population et de l’environnement.
Sur le terrain, les questions sont concrètes : que dire à une femme enceinte, à de jeunes parents, à une équipe de crèche ou à un patient inquiet face aux produits du quotidien ?
Le plan donne une direction commune : mieux former les professionnels, mieux informer les publics et agir sur les sources d’exposition, à l’échelle individuelle comme collective.
Les perturbateurs endocriniens en bref
Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange qui altère le fonctionnement du système hormonal et provoque des effets néfastes sur la santé d’un organisme, de sa descendance ou de populations.
Ces effets peuvent notamment concerner la reproduction, le développement, le métabolisme, l’immunité ou le fonctionnement de la thyroïde.
Parmi les substances identifiées ou étudiées pour leurs propriétés de perturbation endocrinienne figurent certains bisphénols, phtalates, parabènes, pesticides, retardateurs de flamme et substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, souvent désignées par le sigle PFAS. Toutes les substances de ces familles ne présentent pas les mêmes propriétés ni le même niveau de preuve.
Selon les substances et les usages, les sources d’exposition peuvent être l’alimentation, l’eau, l’air intérieur, les cosmétiques, les textiles ou certains produits et matériaux du quotidien.
L’exposition peut se produire par ingestion, par inhalation ou par contact avec la peau.
Depuis 2023, le règlement européen relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges, dit règlement CLP, comporte des classes de danger spécifiques à la perturbation endocrinienne pour la santé humaine et pour l’environnement. Elles distinguent les perturbateurs endocriniens avérés ou présumés des substances suspectées.
Cette distinction est essentielle pour informer avec précision, sans présenter toutes les substances comme équivalentes.
Ce que prévoit le plan : six priorités, vingt actions
Le plan s’inscrit dans l’approche « Une seule santé » (One Health), portée notamment par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Elle reconnaît que la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont étroitement liées.
Il articule six priorités.
1. Accompagner les acteurs locaux pour agir au plus près des citoyens
Les leviers concernent notamment les contrats locaux de santé, les achats responsables, les maternités écoresponsables, les pratiques en crèche et la réduction des plastiques en restauration collective.
2. Former, informer et communiquer pour donner à chacun la capacité d’agir
Le plan prévoit des actions d’information du grand public, de sensibilisation des jeunes et de formation des élus et des agents des collectivités.
3. Protéger les populations les plus exposées et les plus vulnérables
Cette priorité mobilise notamment les professionnels de santé, les dispositifs de prévention et les acteurs de la santé au travail.
4. Renforcer les leviers réglementaires
Il s’agit de mieux encadrer les substances et leurs usages, notamment dans les produits chimiques, les cosmétiques et les dispositifs médicaux, et de renforcer les contrôles.
5. Surveiller les effets sur la santé et l’environnement
Le plan prévoit de poursuivre la surveillance des milieux et de l’exposition de la population, notamment grâce à la biosurveillance humaine, qui mesure la présence de substances ou de leurs produits de transformation dans l’organisme.
6. Fédérer la recherche et l’expertise
L’objectif est d’améliorer les connaissances, de partager les données et d’accompagner la recherche d’alternatives plus sûres.
Parmi les dispositifs évoqués figurent également l’« ordonnance verte », associant notamment ateliers et accès à des paniers de légumes biologiques pour les femmes enceintes, ainsi que les consultations spécialisées de prévention des expositions environnementales.
Les mesures se déploieront progressivement entre 2026 et 2030. Certaines prolongent des dispositifs existants ; d’autres nécessitent encore des outils et des modalités de mise en œuvre.
Périodes de vulnérabilité et sources d’exposition
Les effets dépendent notamment de la substance, de la dose, de la durée et de la période d’exposition. Certaines étapes du développement constituent des périodes de sensibilité particulière.
La prévention porte notamment sur :
la période précédant la conception ;
la grossesse ;
la petite enfance ;
la puberté et l’adolescence.
Ces périodes appellent une attention particulière, sans limiter la prévention à ces seuls moments de vie.
Les sources d’exposition peuvent concerner :
L’alimentation et l’eau, à travers certains contaminants, résidus de pesticides ou substances provenant de matériaux au contact des aliments.
Les produits appliqués sur la peau, notamment certains cosmétiques.
L’air intérieur et les poussières, en lien avec certains matériaux, équipements et produits utilisés dans les locaux.
Les situations professionnelles, selon les substances manipulées et les conditions de travail.
L’enjeu est de repérer les expositions pertinentes dans chaque situation et les moyens réalistes de les réduire.
Les messages doivent aussi tenir compte de l’ensemble des bénéfices et des risques. Par exemple, évoquer la présence de contaminants dans le lait maternel ne doit pas conduire à remettre en cause les bénéfices de l’allaitement.
Les actions qui concernent les professionnels de terrain
Plusieurs actions du plan concernent directement la formation, l’information et l’accompagnement des publics.
Action 7 : informer et former les professionnels de santé
Le plan prévoit de renforcer la formation continue, notamment au sein des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), des centres municipaux de santé et auprès des professionnels libéraux en exercice coordonné.
Les services de protection maternelle et infantile (PMI) et les réseaux de périnatalité sont également concernés.
Ces structures peuvent permettre de partager des repères fiables et de construire des messages cohérents entre professionnels.
Action 6 : informer et former les élus et les agents des collectivités
Cette action concerne notamment les acteurs de la petite enfance, les établissements scolaires et les personnels des établissements de santé.
Les possibilités d’intervention sont concrètes : sensibiliser les équipes, faire évoluer les achats, revoir les pratiques d’entretien ou informer les familles.
Action 8 : renforcer l’information et la prévention dans les parcours de santé
Le plan prévoit de mieux intégrer la santé environnementale dans les dispositifs de prévention et les parcours de santé, notamment autour de Mon bilan prévention et de la santé des femmes.
Action 3 : améliorer la communication et lutter contre la désinformation
Cette action rejoint un enjeu central : la littératie en santé, c’est-à-dire la capacité à accéder à une information de santé, à la comprendre, à l’évaluer et à l’utiliser pour prendre des décisions.
Sur les perturbateurs endocriniens, rendre l’information accessible suppose aussi d’expliquer les incertitudes et de distinguer les connaissances établies des hypothèses encore étudiées.
Quels financements pour agir localement ?
Le plan mentionne plusieurs sources de financement possibles pour les projets locaux de santé environnementale :
les appels à projets des caisses primaires d’assurance maladie (CPAM), notamment au titre du Fonds national de prévention, d’éducation et d’information sanitaires (FNPEIS) ;
le Fonds d’intervention régional (FIR) des agences régionales de santé (ARS) ;
les dispositifs de soutien aux actions innovantes de protection maternelle et infantile ;
certains appels à projets nationaux, notamment en matière d’alimentation, de nutrition et de prévention des cancers.
Les contrats locaux de santé peuvent faciliter la coopération entre les acteurs et la construction de ces projets.
Ces pistes ne constituent pas une prise en charge automatique. Les possibilités dépendent des dispositifs ouverts, des critères d’éligibilité, des calendriers et des décisions des financeurs. Une formation isolée ne sera donc pas nécessairement finançable.
Pour une structure, l’intérêt est de partir d’un besoin précis : sensibiliser une équipe, revoir certaines pratiques, informer les familles ou construire une action de prévention à l’échelle du territoire.
Agir sans inquiéter ni culpabiliser
Sur les perturbateurs endocriniens, l’information est abondante, mais de qualité inégale. Les professionnels doivent pouvoir répondre aux questions sans minimiser les risques ni alimenter l’inquiétude.
Pour les jeunes, le plan encourage des messages positifs, concrets et non culpabilisants, qui renforcent le pouvoir d’agir. Cette orientation peut aussi guider l’accompagnement des autres publics.
En pratique, cela suppose de :
Hiérarchiser les changements.
Identifier les leviers pertinents et réalisables plutôt que demander de tout modifier à la fois.
Adapter les messages au moment de vie.
Un projet de grossesse, l’arrivée d’un enfant ou l’adolescence appellent des informations différentes, à ajuster aux besoins exprimés.
Partir des questions et des contraintes de la personne.
Le budget, le logement, les habitudes et les ressources disponibles influencent les changements possibles.
Agir aussi sur les organisations.
Les achats, l’entretien des locaux, la restauration et l’aménagement constituent des leviers collectifs. La prévention ne peut pas reposer uniquement sur les choix individuels.
S’appuyer sur des sources fiables.
Utiliser les ressources institutionnelles et expliciter ce que les connaissances permettent de dire, ainsi que leurs limites.
La formation ADIATHIS : des connaissances aux pratiques
Perturbateurs endocriniens : sources d’exposition, périodes de vulnérabilité et leviers de prévention adaptés à chaque public
Docteure en pharmacie, titulaire d’un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) de biotoxicologie environnementale et industrielle, je conçois avec ADIATHIS des formations-actions qui relient les connaissances scientifiques aux situations rencontrées sur le terrain.
Pour quels publics ?
Professionnels et structures de santé, équipes de la petite enfance et de protection maternelle et infantile, établissements sanitaires et médico-sociaux, collectivités et organisations souhaitant développer leurs actions de prévention.
Avec quels objectifs ?
Comprendre ce que sont les perturbateurs endocriniens et situer les connaissances disponibles.
Repérer les principales sources d’exposition et les périodes de vulnérabilité.
Identifier des leviers de prévention réalistes pour les personnes et les structures.
Communiquer sans inquiéter ni culpabiliser et répondre aux idées reçues.
Construire des actions adaptées aux publics accompagnés.
Selon quelles modalités ?
Sensibilisation, atelier ou formation-action, en présentiel ou à distance : le format est construit à partir de vos besoins, de vos publics et des situations rencontrées par vos équipes.
Selon les objectifs retenus, ces interventions peuvent contribuer aux priorités de formation et d’information portées par les actions 6 et 7 du plan.
Vous souhaitez sensibiliser vos équipes ou construire une action de prévention ? Échangeons sur vos besoins.
contact@adiathis.com · adiathis.com
Questions fréquentes
Qui est concerné par le plan ?
Les acteurs publics, les professionnels de santé, les structures de la petite enfance, les établissements sanitaires et médico-sociaux, les collectivités, les entreprises et les citoyens.
Quelles formations sont prévues ?
Le plan prévoit de renforcer la place des perturbateurs endocriniens dans la formation des professionnels de santé, notamment dans les structures d’exercice coordonné. Il prévoit également des actions de formation et des outils pour les élus et les agents des collectivités.
Quels financements peuvent être mobilisés ?
Selon les dispositifs ouverts et leurs critères, les projets peuvent solliciter des appels à projets de l’Assurance maladie, des agences régionales de santé ou d’autres financeurs publics. Les possibilités sont à vérifier pour chaque projet.
Par où commencer dans une structure ?
Par un état des lieux ciblé : achats, produits d’entretien, contenants alimentaires, aération et questions rencontrées par les équipes. L’objectif est de sélectionner quelques actions prioritaires, réalisables et suivies dans le temps.
Réduire les expositions suppose de relier les connaissances scientifiques aux réalités du quotidien. Former les professionnels, rendre l’information accessible et agir sur les pratiques collectives sont des leviers complémentaires pour avancer sans inquiéter ni culpabiliser.
Par Anne Gauthier Dickert, docteure en pharmacie
Vous souhaitez concevoir ou faire évoluer une action de prévention ?
ADIATHIS accompagne les organisations dans la conception, le déploiement et l’évaluation de démarches de prévention adaptées à leurs publics et à leurs réalités de terrain.