Une équipe organise une matinée de sensibilisation. Le sujet est pertinent, les affiches sont prêtes, les flyers imprimés, le créneau réservé.
Le jour venu, peu de personnes se présentent. Et parmi elles, beaucoup étaient déjà sensibilisées au sujet.
Une situation finalement assez classique.
Elle ne traduit ni un manque d’engagement des professionnels, ni un désintérêt du public. Elle invite plutôt à se poser une question : sommes-nous partis du sujet que nous voulions traiter ou des personnes que nous souhaitions réellement atteindre ?
Informer ne suffit pas à prévenir
En prévention, le raisonnement paraît parfois simple : si les personnes disposent de la bonne information, elles pourront faire les bons choix pour leur santé.
L’information est indispensable. Mais, à elle seule, elle ne suffit pas toujours à déclencher l’action.
Nos comportements de santé dépendent aussi de nos conditions de vie, de nos ressources, de nos représentations, de notre compréhension de l’information, de la confiance accordée aux professionnels, mais aussi, tout simplement, de nos priorités du moment.
On peut savoir qu’un dépistage est utile et pourtant le repousser. Connaître une recommandation sans parvenir à l’appliquer. Comprendre un risque sans se sentir concerné.
C’est ce que porte la Charte d’Ottawa, texte fondateur de la promotion de la santé : donner aux personnes davantage de capacité à agir sur leur santé, et pas seulement leur transmettre des connaissances.
De quels besoins parlons-nous ?
Une couverture vaccinale insuffisante, des chutes répétées chez des personnes âgées, un dépistage trop peu réalisé, un mésusage médicamenteux…
Le besoin identifié par les professionnels peut être légitime. Mais correspond-il à ce que vivent les personnes concernées ? À ce qu’elles perçoivent comme prioritaire ? Aux difficultés qu’elles rencontrent au quotidien ?
Les besoins peuvent être définis par les professionnels au regard de normes ou de repères, ressentis par les personnes, exprimés à travers leurs demandes ou encore apparaître lorsqu’on compare des populations ou des territoires.
Construire une action pertinente suppose donc de croiser plusieurs regards.
Et parfois, ce que l’on découvre conduit à revoir ce que l’on avait initialement imaginé.
Cette étape de diagnostic des besoins permet de ne pas limiter l’analyse au seul point de vue des professionnels.
Comprendre ce qui freine l’action
Pourquoi certaines personnes ne participent-elles pas à une action qui pourrait pourtant leur être utile ?
Les raisons peuvent être très concrètes : horaires, mobilité, disponibilité, accessibilité du lieu ou contraintes financières.
Elles peuvent aussi être liées à la compréhension de l’information, au vocabulaire utilisé ou à des supports peu adaptés.
D’autres freins sont moins visibles : peur d’un diagnostic, sentiment d’être jugé, méfiance, représentations culturelles, expérience antérieure du système de santé ou simplement impression que le sujet « ne me concerne pas ».
Et ces freins ne sont ni les mêmes pour tous les publics, ni les mêmes d’un territoire à l’autre.
C’est pourquoi une action conçue indépendamment de son contexte peut être juste sur le fond et pourtant manquer une partie des personnes auxquelles elle était destinée.
Penser avec les publics, pas seulement pour eux
Associer les personnes concernées permet de confronter nos intentions professionnelles à leur réalité.
Cela ne signifie pas mettre en place une démarche complexe. L’enjeu est surtout de créer les conditions permettant de recueillir leur point de vue, directement ou par l’intermédiaire d’acteurs qui les connaissent bien.
Cette étape peut modifier un message, un format, un lieu, un moment ou même la manière d’aborder le sujet.
Ce qui nous paraît évident en tant que professionnels ne l’est pas toujours pour les personnes auxquelles nous nous adressons.
La même action pour tous ?
Proposer la même chose à chacun paraît, à première vue, équitable.
Pourtant, une action proposée de la même manière à tous ne permet pas toujours d’atteindre les personnes qui rencontrent le plus de freins. Elle peut ainsi contribuer, malgré elle, à maintenir certaines inégalités de santé.
L’enjeu n’est donc pas de créer une action différente pour chaque public, mais de réfléchir à la manière dont les modalités peuvent être adaptées aux besoins rencontrés.
C’est notamment ce que traduit le principe d’universalisme proportionné : proposer une démarche accessible à tous tout en adaptant l’intensité ou les modalités aux besoins des différents publics.
Et comment savoir si l’action a été utile ?
Une salle pleine est satisfaisante. Mais est-ce suffisant ?
Le nombre de participants renseigne sur la fréquentation d’une action, pas sur son utilité.
Qu’espérions-nous obtenir ? Une meilleure compréhension ? Une prise de conscience ? Une intention d’agir ? Un premier pas concret ? Une orientation vers un professionnel ou un dispositif ?
Penser l’évaluation dès la conception oblige à revenir à l’objectif de l’action.
Et c’est souvent ce qui permet de passer d’une succession d’actions ponctuelles à une démarche de prévention qui apprend, s’adapte et évolue.
Revenons à notre matinée de sensibilisation
Le sujet choisi était peut-être le bon.
Mais avant de concevoir les supports et d’organiser l’événement, d’autres questions auraient pu être posées : qui souhaitons-nous toucher ? Quels sont les besoins perçus par ces personnes ? Qu’est-ce qui pourrait les empêcher de participer ou d’agir ? Quels acteurs connaissent le mieux ce public ? Et qu’attendons-nous concrètement de cette action ?
Les réponses auraient peut-être conduit à conserver exactement la même matinée.
Ou à imaginer quelque chose de complètement différent.
Le sujet n’aurait pas nécessairement changé. Le point de départ, oui.
Avant de lancer une action de prévention, trois questions à se poser
- À quel besoin répondons-nous, et du point de vue de qui ?
- Qui risquons-nous de ne pas atteindre, et pourquoi ?
- Qu’est-ce qui nous permettra de dire que cette action a été utile ?
Concevoir une action de prévention pertinente suppose de croiser les connaissances scientifiques, les réalités du terrain, les besoins des publics et les contraintes de l’organisation.
C’est souvent dans cette articulation que se joue la différence entre une action réalisée et une action utile.
Par Anne Gauthier Dickert, docteure en pharmacie
Pour aller plus loin
- Organisation mondiale de la Santé. Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, 1986. Texte fondateur de la promotion de la santé.
- Bradshaw J. A Taxonomy of Social Need, 1972 (en anglais). Une approche permettant de distinguer différentes dimensions du besoin.
- Marmot M. et al. Fair Society, Healthy Lives, 2010 (en anglais). Rapport de référence notamment associé au principe d’universalisme proportionné.
- Santé publique France. Registre des interventions efficaces ou prometteuses en prévention et promotion de la santé. Une ressource pour identifier des interventions documentées et s’inspirer de démarches déjà évaluées.
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ADIATHIS accompagne les organisations dans la conception, le déploiement et l’évaluation de démarches de prévention adaptées à leurs publics et à leurs réalités de terrain.
